Parmi les nombreux angles morts que nous laisse l’Histoire, il y a celui de l’art populaire. Tout ce que les gens pouvaient bricoler dans leur coin, sur leur temps libre, tous ces facteurs chevaux condamnés à un oubli dont ils sont peut-être bien satisfaits : tout le monde ne veut pas rester.
On a des surgissements heureux gravés dans la pierre, comme la première représentation connue de la crucifixion : le graffiti d’Alexamenos piquant comme un dessin du journal Hara Kiri, où l’empereur Augustin adore un âne crucifié. Plus tard, c’est dans l’art religieux qu’on devine des pratiques, des dessins à la Renaissance révèlent de petits autels taillés dans les arbres, ou dans des espaces plus marginaux comme ces tracés sur les murs qu’on distingue dans certaines peintures de tavernes et bordels. Autant de création qui nous donne le sentiment d’accéder à un pan inconnu d’inconscient collectif, proche et lointain à la fois.
C’est ce sentiment qu’on peut retrouver devant les boites de nonnes, ces objets étonnants fabriqués dans les couvents entre le XVIIIe siècle et les années 1930. Papiers pliés, gravures découpées, fleurs séchées, mie de pain, babiole en tout genre et autre morceau de mousse viennent former des univers étonnamment semblables sur le temps long. Ces dioramas reproduisent souvent des scènes bibliques, ou la propre cellule de la religieuse avec tout le mobilier en miniature.
Longtemps négligées, elles sont aujourd’hui collectionnées et on peut en admirer un certain nombre au musée de Fourvière à Lyon jusqu’au 23 août. L’occasion de plonger, parfois avec l’aide d’une lampe de poche, dans ces petits univers fait de gestes simples, pliages attentionnés, composition ornementale méticuleuse et astuce de scrapbooking avant l’heure pour cette ultime trace laissée au monde extérieur.
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→ Raoul Bonnaffé est “designer graphique au sein de Bonjour Monde”. “Adepte de bricolage en tous genres et obsédé par ces gens qui firent des images en Europe entre 1300 et 1600”, il est l’éditeur du très singulier site Web La Musée - (Re)lire son entretien dans muzeodrome n°159 (décembre 2025).
{ Notule publiée dans le n°165 de l’infolettre Muzeodrome - le 3 juillet 2026 }