Samuel Bausson est connu pour avoir été un des co-fondateurs en 2011 des événements Museomix. Je l’ai croisé pour la première fois au tout début de l’année 2010, dans Twitter. Tous les deux engagés dans le mouvement museogeek, nous avons les années suivantes beaucoup échangé et lancé deux opérations en commun : le fil de veille Fluxeum (2010-2012) et l’initiative #CeSoirJeSors (lors de la nuit des musées 2013). Mis au courant de son dernier projet pour les Champs Libres à Rennes, j’ai eu envie de lui poser quelques questions.
Bonjour Samuel, peux-tu nous résumer ton parcours en quelques mots ?
Mon parcours est transversal : des études en ethnologie, puis des expériences dans le numérique et les démarches participatives. Ce qui relie ces étapes en zigzag, ce sont les questions de collectifs et de communs.
Quel est ton rôle aux Champs Libres à Rennes ?
Je suis chargé de projets participatifs. J’accompagne les personnes qui souhaitent porter leurs propres projets au sein des Champs Libres, en soutenant leur initiative et leur autonomie.
Peux-tu nous parler des Zones Autonomes Temporaires (ZAT) ?
Les ZAT sont des espaces de rencontre entre des personnes qui partagent leurs engagements (sport, culture, santé, jeux…) avec les visiteurs. Elles prennent la forme de stands dans le hall, le temps d’un après-midi. Plus proches d’une animation continue sur une place publique que d’une conférence formelle, elles favorisent des échanges libres et spontanés.
Les intervenants choisissent leur date et s’installent en autonomie. En amont, je les rencontre pour leur présenter les espaces, transmettre les informations pratiques (accueil, accessibilité, logistique) et imaginer un “objet de médiation” facilitant la rencontre. L’idée est d’éviter les approches trop frontales (distribution de flyers) ou intimidantes. Par exemple, avec l’Établissement Français du Sang, les visiteurs déposaient une “goutte” (objet) rouge dans un bocal correspondant à leur groupe sanguin, ouvrant la discussion de manière conviviale.
Ce temps de préparation instaure une relation de confiance et de co-responsabilité. Il n’y a ni contrat ni validation éditoriale (dans le respect du règlement) : les intervenants sont considérés comme des personnes du public venant à la rencontre de leurs pairs.
Le format est né de demandes récurrentes d’occupation des espaces. D’abord très ouvert, il a évolué pour s’adapter aux contraintes du lieu (circulation, bruit) tout en préservant l’autonomie. Aujourd’hui, environ 20 à 25 ZAT ont lieu par saison.
Comment ce projet s’inscrit-il dans la politique participative des Champs Libres ?
Les ZAT s’inscrivent dans une politique d’établissement attentive à l’hospitalité du lieu. D’autres dispositifs existent : les Terrains de jeux favorisent la convivialité de l’accueil, les RDV4C (convivialité, communs, capacités, coopération) sont des rendez-vous autogérés d’échanges de savoirs et d’entraides (langues, book clubs, groupes de parole…), ou encore le festival Nos Futurs, “par les jeunes, pour tout le monde”. L’établissement ouvre ainsi un cadre de co-programmation “pour et par” les publics.
Les ZAT font-elles référence au livre TAZ – Temporary Autonomous Zone ?
Oui, c’est un clin d’œil.
Une ressource à partager ?
Pourquoi pas le livre de Hakim Bey :) ou plus directement appliquée aux dynamiques collectives : Micropolitiques des groupes (micropolitiques.collectifs.net)
/Merci à Manuel Moreau
{ Article publié dans le n°162 de l’infolettre Muzeodrome - le 18 mars 2026 }