J’ai vécu une expérience unique en début de semaine : j’ai visité une exposition culturelle en portant des vêtements historiques… Certes, ce que je portais n’était que des reproductions de haute qualité provenant de Chine, mais l’ambiance était très agréable, comme si je traversais le temps, mêlant le passé et le présent...“ ellylin1101

Le 29 octobre 2025, le compte Instagram ellylin1101, qui s’affiche de premier abord comme étant géré par une passionnée de mode, publie une série de photos légèrement floues en spécifiant que celles-ci ont été prises au British Museum. Trois mois plus tard, le 27 janvier 2026, le musée britannique republie plusieurs des photos de la série. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais…

Quelques heures plus tard, le musée supprime sa publication, après avoir reçu une flopée de commentaires négatifs. Pourquoi ces réactions ? Le post d’origine ne parle pas d’images générées mais les dernières phrases de la présentation de ellylin1101 sème le doute : ‘‘suis-je un mannequin IA ? À vous de deviner ☺️” et quand on regarde les autres photos du compte plus aucun doute n’est permis. Les commentateurs de la publication du British Museum ont d’ailleurs rapidement identifié que le compte de ellylin1101 était lié à l’agence de marketing IA V8 Global Company Limited dont le siège est basé à Hong Kong.

Archéologue et doctorante, Steph Black - alias stephthearchaeologist - est une créatrice de contenu reconnue. Lorsqu’elle voit la publication du British Museum, elle croit au départ être face à du contenu posté par des pirates informatiques car le musée venait de subir une attaque les jours précédents. Ses commentaires fustigent alors l’AI slop et demandent des explications.

Dans le courriel, que Steph Black a ensuite envoyé à Artnet, elle déclare que la publication du Bristish Museum est comme une menace qui crée un “précédent”. Pour elle, le musée “prend la température pour voir à quel point le public est prêt à accepter les images générées par les IA” et ainsi “ne pas embaucher de créatifs et de professionnels”. Elle demande aussi à ce que le musée s’engage “à ne pas utiliser l’intelligence artificielle générative”.

En réponse aux critiques, la responsable de la communication stratégique du British Museum a spécifié dans un courriel à un autre commentateur que “pour plaire à ses publics” l’institution republiait régulièrement du “contenu généré par les utilisateurs” sur les réseaux sociaux numériques. Ce courriel donnait aussi cette précision :

Nous avons récemment partagé un contenu généré par un utilisateur qui utilisait l’IA. Nous ne postons pas d’images créées par l’IA et, reconnaissant la sensibilité potentielle, nous l’avons supprimée. Dans un contexte d’utilisation croissante de l’IA dans l’ensemble du secteur, nous sommes en train de créer les lignes directrices pour son utilisation à l’échelle du musée”.

Steph Black affirme de son coté que suite à ses remarques le British Museum aurait cessé de la suivre sur les réseaux sociaux numériques.

On peut en conclure que :

Apporter des critiques valables et des demandes d’explication ne devrait pas aboutir à une censure. Être menacé lorsque vous critiquez ou soulevez des critiques valables à l’égard de l’industrie dont vous faites partie est extrêmement préoccupant.
Steph Black

Pour aller plus loin : l’histoire racontée en détail des points de vue de Steph Black (Reel Instagram) et de Louise Bedford - alias Louise Archeology - (video YouTube).

Dernier rebondissement en date : publiée le 14 février 2026, la réponse lunaire du compte ellylin1101 au “retour de bâton”. Une réponse qui en conclusion annonce : “Cette expérience m’a fait prendre conscience de la sensibilité des images culturelles et de l’IA. A l’avenir, je vais orienter d’avantage mes expériences créatives vers l’art de style commercial (commercial-style art), qui correspond à mon parcours…

Bonus : la courte vidéo réaction finale de Steph black (s’appuyant sur la tendance “Do you think I’m spooky?” basée sur un remix d’une séquence de X-Files).


{ Article publié dans le n°161 de l’infolettre Muzeodrome - le 18 février 2026 }